Revue de presse

 © Masha Mosconi

© Masha Mosconi

Télérama (ffff)

Benjamin Britten a composé ces suites sous la menace. A l'occasion de sa présentation à la famille royale d'Angleterre par le compositeur, Mstislav Rostropovitch avait prévu d'exécuter une révérence aussi exubérante qu'incongrue... Horrifié, Britten ne l'en dissuada qu'en s'engageant par contrat, signé sur une table de restaurant, à composer six suites pour violoncelle seul, pendant de celles de Jean-Sébastien Bach. La santé déclinante de l'auteur du War Requiem ne lui permit d'en achever que trois, entre 1964 et 1971, et le soliste russe, après les avoir créées, n'eut le temps d'enregistrer que les deux premières.

L'ensemble constitue l'un des sommets absolus de la littérature du XXe siè­­cle pour violoncelle seul. Benjamin Britten ne se joue pas seulement avec maestria des formes baroques sévères — fugue, chaconne, passacaille —, qu'il mêle à des fantaisies inattendues, telles ces marches militaires d'une ­ironie mahlérienne. Mais il ménage à son commanditaire, réputé pour sa virtuosité et son lyrisme dans le registre aigu de son instrument, de courts monologues d'opéra, d'une éloquence et d'une théâtralité poignantes — « lamento » de la première suite, « declamato » de la deuxième, « recitativo fantastico » de la troisième. Cette dernière, qui cite des thèmes populaires russes, salue la musique tourmentée de Chostakovitch, que Benjamin Britten admirait.

D'abord intimidé par ces pages puissantes, le jeune violoncelliste français Antoine Pierlot s'en est imprégné au point d'en paraître aujourd'hui possédé. Et de retrouver une chaleur, une ivresse sonore, et parfois une grandeur hiératique, dignes du regretté Slava. Réalisé à Reims, jadis ville de sacre, cet enregistrement souverain couronne un nouveau prince de l'archet.

Gilles Macassar


Diapason 4/5 CD Britten

La performance n’est pas mince : Antoine Pierlot a gravé les trois Suites durant un concert public. La concentration obtenue par cette exécution sans filet crée une tension qui va crescendo jusqu’à la vaste Chaconne conclusive de la deuxième. (…) Pierlot fait mouche dans la Suite N°3, dont il creuse le dépouillement, sans jamais éluder ce sentiment de vacuité, de solitude face à la mort. L’ironie est bien présente dans les batteries d’archet de la marche, l’étrangeté du bref Fantastico vous saisit. La Passacaille finale, avec ses fragments mélodiques et ses crispations soudaines, ses pizzicatos implacables ou tendres, prouve que le jeune homme a tout compris de cette œuvre secrète : la variété de son jeu d’archet et le caractère fantasque qu’il y met doivent être entendus.

Jean-Charles Hoffelé


Est Républicain

UN VIOLONCELLE PROFOND

ANTOINE PIERLOT A OFFERT UNE SUPERBE VERSION DE « SCHELOMO » D’ERNEST BLOCH

Nancy a retrouvé avec bonheur, hier soir, salle Poirel, Rani Calderon à la tête de l’Orchestre symphonique et lyrique, ainsi que le jeune violoncelliste Antoine Pierlot qui avait offert, en décembre dernier, une magnifique version du Concerto n° 2 pour violoncelle de Chostakovitch. Le soliste a abordé, cette fois, « Schelomo », rhapsodie hébraïque d’Ernest Bloch avec une profondeur remarquable et un superbe sens du phrasé. Dans cette partition où le violoncelle incarne la voix du roi Salomon, l’orchestre évoque la foule réagissant aux versets du livre de l’Ecclésiaste : « Vanité des vanités, tout est vanité ». L’orchestration est somptueuse et face à cette riche palette de sonorités, le violoncelle déroule un discours nostalgique, d’une rare intensité. L’élégance du jeu d’Antoine Pierlot trouve, dans l’orchestre dirigé par Rani Calderon, un partenaire à l’écoute qui sait magnifier ce chant du cœur et des tripes. Cette œuvre trop rarement jouée et suivie en bis d’un Bach d’une exceptionnelle intériorité, était encadrée par deux partitions de Beethoven.

Didier Hemardinquer, L’Est Républicain


L'Éducation Musicale

C'est Mtislav Rostropovitch, dédicataire de la Cello Sonata (1961) et de la Symphonie pour violoncelle et orchestre (1964), qui convainquit Britten de lui écrire encore des Suites pour le violoncelle seul. On pense immédiatement à JS.Bach, encore que les trois pièces constituent plus un hommage qu'elles ne sont tributaires d'un modèle servile. Le style particulier de l'auteur y est bien présent, qui exploite les diverses possibilités techniques de l'instrument. Le triptyque des opus 72, 80 et 87 verra le jour entre 1964 et 1971. Il est dédié à Slava, bien sûr, qui en assurera la création, au demeurant seulement en 1974 pour ce qui est de la Troisième Suite. Il les enregistrera ensuite pour Decca. Les versions ultérieures n'en sont pas si nombreuses. Aussi celle d'Antoine Pierlot est-elle bienvenue. La suite N° 1 est constituée de six morceaux, regroupés par paire, chacune précédée d'un prélude, appelé Canto. Ce découpage offre une cohérence étonnante à l'ensemble du morceau, où les modes se succèdent dans une dramaturgie du déchirement et évoquent par endroit l'atmosphère de l'opéra AMidsummer-Night's Dream. La Deuxième Suite, en cinq mouvements, est d'inspiration baroque et favorise un style plus austère. Elle culmine dans une vaste chaconne nourrie de 12 variations, grandiose péroraison d'une œuvre visionnaire. Britten y aura manié modes et humeurs variés, voire même l'humour, et exploité toutes les possibilités de l'instrument : figures répétitives, changements incessants de tempos, en une sorte de libre improvisation. Le talent formidable du dédicataire n'est pas étranger à cette débauche de difficultés. La Suite N° 3, qui offre neuf sections enchaînées, se veut un hommage à la terre russe du grand violoncelliste ami, car elleemprunte à des chansons populaires, naguère harmonisées par Tchaïkovski, et à une mélodie funèbre de la liturgie slave. Ce long chant intérieur, alternant des tempos de marche, de barcarolle ou de fugue, conduit à deux brefs épisodes étonnants « Recitativo : fantastico » et « Molto perpetuo », débouchant sur une Passacaille finale, là aussi très développée ; autre révérence à la forme baroque. On peut y voir aussi un discret salut à Chostakovitch. Antoine Pierlot appartient à cette prolifique jeune génération des cellistes français talentueux dont les interprétations enluminent le répertoire. Ses interprétations, intenses, sont frappés au coin de la sincérité : sens de la polyphonie moderne de l'auteur, puissance contrôlée, richesse de la sonorité. L'enregistrement live du Festival de Reims juillet 2010, est fidèle. 

Jean-Pierre Robert


Est Républicain

C’est le chef russe, Anton Lubchenko, qui dirigeait l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy, hier soir, salle Poirel, dans un programme entièrement russe. 

Avec le Deuxième concerto pour violoncelle de Chostakovitch, on plonge dans une tout autre atmosphère : mystère, lyrisme et sarcasmes. Chostakovitch mêle ces sentiments divers avec art consommé du discours et de l’orchestration. Le jeune soliste Antoine Pierlot a su magnifiquement rendre ces différents climats avec un violoncelle ample, élégant, mais aussi poétique et rêveur. Le mariage du chant du violoncelle avec la scansion des percussions est une heureuse curiosité de cette partition splendide. En bis, Antoine Pierlot a offert un Bach somptueux de profondeur et de retenue.

Didier Hemardinquer, L’Est Républicain


Resmusica

Interprète infatigable et de génie, Mstislav Rostropovitch a suscité nombre de partitions capitales pour son instrument, dont les trois superbes Suites pour violoncelle seul de Benjamin Britten, composées de 1964 à 1971. Ces oeuvres sont autant des gages d’amitié qu’un hommage aux formes de la musique baroque et à Bach ; elles exploitent de façon fort ludique (voire diabolique) le potentiel tonal et polyphonique de l’instrument en une succession de tableaux musicaux très inspirés.

Le violoncelliste Antoine Pierlot, jeune mais déjà fort expérimenté, relève de façon magistrale le défi de ces pièces dans cet enregistrement capté en direct dans le cadre des Flâneries Musicales de Reims. On notera tout de suite le choix heureux du lieu de la captation, résonnant, qui permet à cette musique d’exprimer ses harmonies sans sombrer dans le flou.

Des trois suites, la première possède la structure la plus claire, fondée sur un principe d’alternance entre des ritournelles et des pièces de caractère. L’interprétation qu’en donne Antoine Pierlot est une réussite ; on suit avec grand intérêt les métamorphoses successives du grave Canto, cependant que chaque miniature exprime son univers sonore et poétique de façon idéale : la fugue, la sérénade ou la marche sont d’une emphase grotesque, qui masque un sentiment d’angoisse sous-jacent, exprimé dans le bouleversant Lamento monodique ou le bourdon. Le tout se clôt par la lutte entre le thème du Canto et un inquiétant motif perpétuel – une lutte jusqu’à l’épuisement, fascinante, mais dont l’issue reste incertaine. Notre coup de coeur de cet enregistrement.

La Deuxième Suite est plus ramassée, et, il faut le dire, un cran en-dessous du point de vue de l’inspiration. On en retiendra toutefois le Scherzo, dont les brusques sautes d’humeur sont l’occasion pour le violoncelliste de faire montre de l’étendue de son registre expressif, entre fureur et douce méditation, et la chaconne finale, bien sûr. Véritable morceau de bravoure, superbe et redoutable, cette pièce est toute animée d’une grandeur tragique, que restitue (encore une fois !) idéalement l’interprète avant la cadence finale, en forme de pied de nez à la Till l’espiègle.

La Troisième Suite enfin synthétise quelque peu ses devancières, puisqu’elle renoue avec la structure éclatée de la première tout en se concluant par une forme à variations, ainsi que la deuxième. L’esprit se rapproche davantage de celui de la fantaisie que de la suite, ce qui se traduit notamment par des passages de récitatif, cependant que Britten maintient l’unité de l’oeuvre par des références à des thèmes populaires ou liturgiques russes, particulièrement claires dans la passacaille finale. Le tout n’est pas des plus riants, mais quelle musique!

 Etienne Comes


L'Union

« Les yeux clos, Antoine Pierlot a entraîné son auditoire dans différents univers féeriques. 

Après les deux des six suites pour violoncelle seul de Bach que nous avait jouées Ophélie Gaillard, lors des concerts promenades du dimanche 5, Antoine Pierlot nous en proposa trois autres dans une vision totalement différente. Ici, le jeu fut contrasté, parfois doux, parfois plus charnu. Les danses furent bien accentuées et les phrases respiraient. Les mouvements rapides et enjoués succédaient aux complaintes tendres et langoureuses.

Ainsi, le violoncelliste cherchait à habiter au maximum les suites, en faisant ressortir impeccablement les particularités de chaque mouvement : le côté irlandais de la « gigue » de la sixième suite en ré majeur, ou encore le caractère plus populaire de la « courante » et les échos de la « bourrée I » de la quatrième suite en mi bémol.

L'instrument, lui aussi, changea durant le concert. Tendre dans les sarabandes, il devint plus rauque quand l'écriture sonnait moins savante, comme dans la « gigue » de la première suite en sol majeur. Il se transforma même en vielle à roue dans la « deuxième gavotte » de la suite en ré majeur.

Maniant toutes ces couleurs et ces éclairages à la perfection, Antoine Pierlot nous entraîna, les yeux clos, dans différents univers féeriques, peuplés de villageois dansant joyeusement et de poètes pleurant l'amour perdu, notamment dans les splendides sarabandes, comme celle, doucement surpointée, de la quatrième suite.

En dehors des danses, les préludes furent joués avec une remarquable sensibilité, notamment celui de la suite en mi bémol, dont la tension croissante aboutit à une douce cadence virtuose pianissimo, suivie d'accords tendus poussant comme un dernier cri intérieur avant de s'effacer.

Antoine Pierlot nous proposa donc une vision habitée et passionnante de ces chefs-d'œuvre de Bach. Il avoua à l'issue du concert que c'était les œuvres qu'il jouait le plus : cela s'entend et se comprend. »

Raphaël Arnault, l’Union


Est Républicain

« Entre la confession susurrée de Pärt et la fougueuse déclaration d’un Slave passionné, les Variations sur un thème rococo pour violoncelle et orchestre de Tchaïkovski faisaient la synthèse. Le thème simple et chantant offre au soliste la possibilité de briller, à la fois par la virtuosité requise et par la texture du son recherché. Antoine Pierlot a ces deux qualités également partagées. Sans pathos, il a déroulé, avec une superbe fluidité, les différents visages de ce thème baroque, soutenu par un orchestre limpide sous la direction de Frédéric Chaslin. Très applaudi, le jeune soliste a offert, en bis, une Sérénade de Britten tricotée tout en pizzicati. »

Didier Hemardinquer, L’Est Républicain


Crescendo

L’esprit et la lettre

par Marie-Sophie Mosnier

Benjamin BRITTEN (1913 – 1976)   Suites pour violoncelle numéros 1, 2 et 3
Antoine PIERLOT - 2010–DDD-71’59–Livret en français et en anglais–Transart live

Benjamin Britten composa ses trois Suites pour violoncelle à l’attention de son ami russe Mstislav Rostropovitch. En hommage aux suites de J.S. Bach, celles de Britten s’inscrivent directement dans cette lignée, tout en y laissant des marques de son style personnel. Antoine Pierlot, violoncelliste français révélé aux victoires de la musique en 2009, propose ici une interprétation pertinente qui fouille le fond comme la forme. Détenteur d’une maîtrise instrumentale irréprochable, il défend magnifiquement cette partition exigeante. Il s’attache à cheminer au long de chaque Suite en prenant en considération l’aspect formel, tel le prélude Canto de la Première Suite qui revient périodiquement, ainsi que le contenu, hautement chargé par ce style incisif associé à ce lyrisme méditatif typiques du style de Britten. La Deuxième Suite, dont le plan formel s’apparente fort aux Suites de J.S. Bach, nous révèle sous l’archet du violoncelliste français, une présence sonore aussi bien intime qu’exaltée, prenant naissance dans une polyphonie aux harmonies subtiles et ambigües. Antoine Pierlot n’hésite pas à étirer l’instrument dans ses registres, du plus grave au plus aigu, comme pour en souligner la quintessence première de l’œuvre : celle d’une pensée regroupant un tout complexe au sein d’un seul instrument, le violoncelle.
Digne héritier de son prédécesseur du 17ème siècle, Henry Purcell, Benjamin Britten a recourt à une Chaconne finale dans la Deuxième Suite ainsi qu’à une Passacaille conclusive dans la Troisième Suite, ce qui nous fait tout de suite penser à la célèbre Passacaille de son opéra Peter Grimes, de 1945. Dans ces pièces conclusives, Antoine Pierlot fait preuve d’une louable rigueur qui ne l’écarte jamais de l’esprit initial : celui de l’hommage qui prend alors des aspects versatiles tantôt à J.S. Bach, tantôt à H. Purcell, tantôt à la Russie de son ami Rostropovitch par l’usage de trois chansons populaires harmonisées par Tchaïkovski ainsi que d’une mélodie funèbre issue directement de la liturgie slave appelée kontakion. Ce disque des trois Suites de Benjamin Britten reste fidèle au genre de la suite, avec son canevas interne, tout en estimant avec justesse l’héritage apporté depuis J.S. Bach. Il s’agit là d’une interprétation dûment réfléchie, conciliant l’esprit et la lettre de l’œuvre du compositeur anglais du 20ème siècle, sans jamais glisser vers un intellectualisme ou un lyrisme exagéré.
Marie-Sophie Mosnier

Son 9 – Livret 8 – Répertoire 9 – Interprétation 9


Classiquenews

« A Prades furent remarquables les prestations d’Antoine Pierlot, la jeune révélation Adami, qui joue avec son cœur les yeux fermés »

classiquenews.com


Resmusica

« Issu d’une famille de musiciens plutôt portée sur les instruments à vent (Philippe Pierlot est flûte solo de l’Orchestre National de France et Pierre Pierlot est pour le hautbois ce que Jean-Pierre Rampal est à la flûte) ce jeune violoncelliste fait preuve dans la Suite n°4 de Bach d’un abattage hors pair et d’une assurance de jeu étonnante, face à ce monument de la littérature musicale. Pablo Casals, qui avait remis ces suites au goût du jour, avait attendu douze ans de maturation avant de les livrer en public. Les options d’interprétation issues du « mouvement baroque » sont utilisées avec finesse et parcimonie : Refus de tout vibrato, phrasé avec un fort détaché. La sonorité – malgré l’acoustique peu flatteuse de cet auditorium tapissé de velours – reste ronde et pleine, toujours égale. »

Maxime Kaprielian, ResMusica.com